On dirait le Sud

Grisées d’avoir glissé le long des massifs népalais, nous ne pouvons résister à l’attraction du grand Sud. Une descente en douceur, au rythme d’un Express qui n’en a que le nom. Sur les rails de la lenteur, le train nous balade dans une Inde rurale dont nous n’aurons jamais qu’une vision fugace, au travers des barreaux horizontaux qui font office de fenêtres. Hameaux couleur terre, enfants jouant dans la poussière orange, arbustes rabougris, silhouettes graciles de femmes portant de lourds fardeaux, petits morceaux de vie, vite évanouis.

Dans notre wagon de classe économique, nous avons aménagé notre campement provisoire. Pour cause de chaleur suffocante, notre choix s’est porté sur la banquette en skaï la plus proche du ventilateur. Celui-ci, poussif, peine à brasser un air lourd de poussière humide. Notre organisation est bien rôdée. Lorsque l’une de nous a le courage de partir en expédition aux toilettes, l’autre veille sur son sac. Les petits coins n’ont vraisemblablement jamais fricoté avec les produits désinfectants et sont hantés par des bestioles de taille respectable. Les insectes, sortes de cafards géants, marronnasses et plats, se vautrent dans la pisse et les excréments. Quant à l’odeur, elle est tout bonnement indescriptible. L’apnée apparaît comme la seule méthode d’accéder à ce réduit repoussant, que nous aurions volontiers évité si nous n’étions obligées de passer cinquante heures dans ce train.

Cinquante heures coincées dans un wagon, c’est long. Mais, après plus d’un mois de vadrouille en Inde et au Népal, nous avons appris la patience. Lâcher prise, voilà la solution. Laisser le temps prendre le dessus. Ne pas chercher à occuper coûte que coûte les minutes qui s’écoulent et se muent en heures. Pour les Occidentales que nous sommes, éduquées dans une société affolée par la peur du vide et de l’inaction, l’exercice demande une initiation.

Dans cet état transitoire de voyageuses, qui est aussi un luxe, nous expérimentons le loisir de ne rien faire, à peine penser, juste engloutir goulûment des images, des odeurs, des sons, que nous aurons toute la vie pour digérer.

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