Crasse matinée pour sales gamines

        Nous arrivons enfin en gare de Madras. L’aube n’est pas loin. Ereintées et hagardes, nous sommes d’avis qu’un copieux petit déjeuner ne sera pas de trop pour se remettre d’attaque. Nous avons repéré dans notre guide qu’il y avait justement un plan « buffet à volonté » dans un hôtel chic à quelques encablures de la gare. Vu l’heure, il est fort probable qu’il ne soit pas encore ouvert. Plutôt que de prendre un rickshaw et d’attendre bêtement devant l’entrée, nous préférons tuer le temps en y allant à pied, un peu de marche et d’air frais n’étant de toute façon pas de trop après deux jours de réclusion dans un wagon.

         Je nous revois avançant sur une large avenue de la ville. Les trottoirs sont parsemés de formes recroquevillées dans du tissu. Parfois, la forme s’anime. Des hommes dorment à même le sol, d’autres, un peu mieux lotis, dans leur rickshaw. Au fur et à mesure que le soleil pâle redonne des couleurs à la rue, la cité s’éveille et la vie reprend. Est-ce un effet de la fatigue ? Le chemin nous semble interminable, et le sac à dos pèse sur les épaules. Il est encore loin, cet hôtel ?

         Coup de chance, lorsque nous nous pointons devant ses portes providentielles, elles ne sont pas closes, et nous nous y engouffrons, appâtées par l’idée du festin imminent. C’est en entrant dans le restaurant que nous prenons conscience d’un détail qui nous avait échappé jusqu’ici : nous sommes sales ! Et non seulement cela se voit, mais, pire, cela se sent… En tout cas, dans ce lieu clos et raffiné, il devient évident que traîner cinquante heures sur des banquettes crasseuses, dans la poussière et la chaude humidité ne passe pas inaperçu. Nous fonçons illico aux toilettes, tentant tant bien que mal de nous débarbouiller avec des lingettes et un peu d’eau, à défaut de pouvoir prendre une douche. Malheureusement, l’odeur sur nos vêtements est tenace, c’est écoeurant. Et notre aspect n’est pas reluisant non plus. Va-t-on renoncer si près du but ? Las ! Il n’y a pas grand monde, en cette heure matinale. Faisons-nous toutes petites dans la grande salle, et éclipsons-nous ensuite tout aussi discrètement, en évitant de croiser les regards des clients et du personnel de l’hôtel.

         La note était-elle salée ? Je ne m’en souviens plus. Par contre, une chose est sûre : si nous étions passées à côté de ce petit déj de première classe, nous aurions été salement déçues.

Publicités

2 responses to “Crasse matinée pour sales gamines

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :