Le Voisin (5)

Episode précédent : Le Voisin (4)

Dimanche 14 août

Après avoir écrit ces lignes, je filai me coucher. Mais, était-ce dû à une trop grande lassitude ou à une activité cérébrale trop intense ? Je ne pus à m’endormir avant une bonne heure. Le personnage que j’étais en train de créer prenait corps et me hantait. Le malaise ne parvenait pas à se dissiper. Et, dans une demie conscience, tournaient dans ma tête les phrases angoissées et lourdes de menaces que mon voisin avait prononcées : « Ils sont partout », « Ils sont peut-être même chez vous, en ce moment ».

Mercredi 17 août

Je l’ai croisé ce matin, dans l’escalier, en allant chercher mon courrier. L’homme, à la démarche d’automate, grimpait les marches d’un pas lourd et lent. Lorsqu’il me vit, il me fixa de ses yeux mornes, sans avoir l’air de me reconnaître. « Bonjour », lui dis-je. Pas de réponse. Je lui souris d’un air gêné, et me plaquai contre le mur pour le laisser passer. Mais monter l’escalier ne semblait plus être sa priorité : la bouche entrouverte, il me regardait d’un air niais. Désireux d’abréger ce tête-à-tête aussi muet que surréaliste, je décidai de l’encourager : « Allez-y, Monsieur Caron, passez, je vous en prie. » Trois secondes d’hésitation plus tard, il dut se rappeler qu’il n’était pas correct de dévisager ses semblables sans mot dire et que la coutume voulait que l’on se salue en pareille circonstance. Ce qu’il fit machinalement, d’un furtif hochement de tête accompagné d’un inaudible grognement. Après quoi il poursuivit son ascension silencieusement, avant de disparaître. Comme s’il ne s’était rien passé il y a trois jours. Comme si nous étions de parfaits étrangers.

Vendredi 19 août

Cet après-midi, j’ai téléphoné à mon éditeur, qui, comme je le présumais, n’est pas opposé à ce que je lui livre un thriller… pourvu que cela se vende. Il ne me l’a pas dit de cette manière, mais c’était sous-entendu. Encore un qui rêve toutes les nuits qu’il vient de publier le « Da Vinci Code ». Quoi qu’il en soit, me voilà lancé. Je viens d’écrire six pages qui ne me paraissent pas trop mauvaises. Je plante le décor, introduis les protagonistes, installe une atmosphère mystérieuse. Je suis en verve, aujourd’hui. Cela me donnerait presque envie d’aller remercier mon voisin pour avoir réveillé ma plume paresseuse !

A suivre…

Publicités

One response to “Le Voisin (5)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :