Pour vivre heureux, vivons cachés

Catherine, tutoyant un ventilo, sur une banquette de train.

Catherine, tutoyant un ventilo, sur une banquette de train.

Combien de temps un homme peut-il rester immobile à vous regarder sans prononcer une seule parole ? Tout ce que je peux dire, c’est que la réponse se compte en heures. Notre « compartiment » couchette n’a pas de porte. Deux banquettes en skaï bleu superposées se font face, donnant sur un couloir étroit, où d’autres banquettes sont disposées perpendiculairement aux nôtres. Sur la plus élevée d’entre elles est perché un Indien d’une quarantaine d’années arborant une épaisse moustache, un pantalon en coton et une chemisette blanche. Confortablement installé, il darde un regard fixe et vide dans notre direction. Outre le fait qu’il est un peu vexant d’être l’objet d’une contemplation aussi apathique, à la longue, cela en devient agaçant. Heureusement, nous sommes des filles pleines de ressources.

Plan 1. La diplomatie.

Nous lui demandons poliment mais fermement de bien vouloir regarder ailleurs. Rien. Pas un mouvement de tête. Aucune expression. Nous répétons notre requête à plusieurs reprises, sans plus de succès. Même s’il ne comprend pas l’anglais, je suis sûre que notre message est clair. Une heure s’écoule. L’individu n’a pas remué d’un pouce. A peine a-t-il cligné des yeux.

Plan 2. Le mime.

L’homme est sourd à notre discours ? Essayons les gestes. Là, aucun doute possible, nos bras et nos mains ont traduit en cœur la même injonction : « Regarde ailleurs ! » Toujours rien. Le pire est que le spectacle ne semble même pas l’amuser, pas plus que les grimaces que nous lui lançons, en désespoir de cause.

Plan 3. Tentative d’intimidation vocale.

Au bout de deux heures, nous avons les nerfs en pelote. Ce regard bovin braqué sur nous est une véritable agression. « Stop watching us ! » hurlons-nous, exaspérées. Peine perdue. Le bougre ne bouge pas.

Plan 4. Le meurtre.

On peut bien rigoler un peu, non ? Passons directement au plan 5.

Plan 5. Camouflage.

Les grands pulls de bab aux manches qui pendouillent ont – au moins – un avantage : on peut les tendre entre les solides courroies verticales qui soutiennent les banquettes des trains indiens et se planquer derrière. Et, si cela ne suffit pas, un long paréo de Bénarès en coton imprimé fera un agréable rideau, laissant circuler l’air et garantissant à ses utilisateurs une paix impériale.


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