Le Voisin (6)

Episode précédent : Le Voisin (5)

Samedi 20 août

Hier soir, à peine avais-je refermé mon journal qu’un bruit suspect attira mon attention. Une sorte de grattement régulier, comme si un chat faisait ses griffes sur le bois de ma porte. Désormais rôdé aux événements nocturnes insolites, je me dirigeai d’un pas résolu vers l’entrée et tendis l’oreille. Le grattement continuait, têtu. Je ne tardai pas à entrebâiller ma porte, pour découvrir une scène pour le moins surprenante. Le gnome, agenouillé, était à mes pieds. Il leva les yeux d’un air interrogatif. Visiblement, je dérangeais.

« Monsieur Caron, pouvez-vous me dire ce que vous faites à quatre pattes sur mon paillasson, un cutter à la main ?

– Oui, bien sûr, je peux vous le dire, bien que, franchement, j’aie d’autres chats à fouetter. C’est évident, non ? Je prélève des échantillons. Et, croyez-moi, ça ne m’amuse pas.

– Vous prélevez des échantillons de Ma porte ?

– Oui, et des lattes du plancher, aussi. Quel boulot ! Encore deux minutes, et je jette l’éponge. J’ai un mal de dos terrible. D’ailleurs, si vous n’avez rien de mieux à faire que de me regarder trimer, je vous laisse terminer, dit-il en se relevant.

– Mais certainement… Vous ne voudriez pas également que je vous fasse un petit massage, pour apaiser vos lombaires ? lançai-je ironiquement.

– C’est pas de refus : j’adore les massages !

– Je plaisantais, Monsieur Caron, je plaisantais, m’empressais-je d’ajouter, le poil hérissé d’horreur à l’idée que mes mains puissent entrer en contact avec sa chair molle. La prochaine fois, je prendrais garde à ne pas dépasser les limites du premier degré.

– D’ailleurs, à propos de plaisanterie, Monsieur Caron, vous ne pensez pas qu’elle a assez duré ? demandais-je.

– Parce que vous croyez que c’est une blague ? Vous, alors, vous  êtes terrible !

Il paraissait réellement amusé et me regardait en plissant les yeux, comme si j’étais un petit garçon polisson qui venait de faire un tour particulièrement cocasse.

« Non, Monsieur l’écrivain, je ne suis pas dingue, et je ne me prends pas pour Sherlock Holmes non plus. Les preuves que je suis en train de réunir sont accablantes. Vous devriez m’aider, au lieu de continuer à douter. Ils sont de plus en plus nombreux, vous savez, et ils sont rapides et bien organisés. Si on ne se serre pas un peu les coudes, sûr que c’est FlashiColor qui va triompher de nous tous.

– Je suis désolé de vous décevoir, mais j’ignore complètement quel est ce FlashiColor dont vous ne cessez de me rebattre les oreilles.

– Quoi ! Vous l’ignorez encore ? Je pensais pourtant avoir été assez clair… Bon, OK, je vais tout vous dire, car j’ai foutrement besoin d’alliés. Mais ne restons pas là : les murs ont des oreilles… »

S’il n’était pas le héros involontaire de mon roman, j’aurais bien vite esquissé un repli stratégique vers mon appartement. Mais, étant avide de détails pouvant rendre mon personnage plus vivant et réaliste, je consentis à l’écouter. Mais je l’avertis : « Je n’ai pas beaucoup de temps devant moi, Monsieur Caron. Alors, je vous demanderai d’être bref.

– Ce ne sera pas long. Suivez-moi. »

A suivre…

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