Le Voisin (10)

Episode précédent : Le Voisin (9)

Lundi 17 octobre

Il est de retour. Incroyable, mais vrai. C’est Madame Borie, ma voisine du dessous, qui m’a averti. Elle était présente le jour de son dernier coup d’éclat, et, franchement, elle n’aurait pas parié un kopek non plus que nous le reverrions si vite. Comment a-t-il fait pour ne rester que trois semaines à l’hôpital psychiatrique ? Mystère… En tout cas, il y a fort peu de chance qu’il nous revienne guéri. Juliette passe le week-end ici. J’espère qu’il se fera discret. Car j’ai senti que la scène de l’autre jour l’avait affectée. J’ai même eu l’impression qu’elle me reprochait quelque chose. Je me trompe certainement, mais cela a jeté un froid entre nous et elle a mis presque trois jours avant de retrouver le sourire. Juliette est si sensible… Sans doute une telle violence l’a-t-elle choquée. Je veillerai à ce que cela ne se reproduise pas.

Jeudi 20 octobre

Nous vivons, Juliette et moi, des moments inoubliables, d’une rare intensité. Mon roman n’en prend que plus de retard, mais je m’en moque. Carpe diem. Le reste importe peu. Quant au gnome, il est métamorphosé. J’appréhendais de le rencontrer, mais j’avais tort. Je l’ai croisé au Monoprix, hier matin. L’ayant aperçu le premier, j’ai tenté de l’esquiver. Prenant un air absorbé, je simulai un intérêt profond pour les pains de mie qui me faisaient face. Trop tard. Il m’avait repéré : « Monsieur Le Goff ! »

– Oui, répondis-je d’une voix faible.

– Comment allez-vous ? Je suis ravi de vous revoir. Je pensais justement aller sonner chez vous tout à l’heure, commença-t-il. Un large sourire barrait son visage. Il était rasé de frais et sentait l’eau de Cologne à plein nez.

– Ah bon ? Vous vouliez sonner chez moi ?

Malgré son air avenant, l’idée qu’il sonne chez moi ne m’enchantait guère. Cela me rappelait certaines scènes nocturnes que j’aurais préféré oublier.

– Oui, Monsieur Le Goff. Je tenais à m’excuser pour tout le dérangement dont je me suis rendu responsable.

Dérangement, c’est exactement le mot qui convenait, et il s’appliquait à mon voisin dans tous les sens du terme… Mais je fus assez hypocrite pour dire :

« N’en parlons plus, voulez-vous. Les dégâts causés à la cage d’escalier ont été réparés…

A l’évocation des conséquences matérielles de ses « frasques  », il se rembrunit sensiblement, si bien que j’ajoutai d’un ton optimiste :

– Vous avez l’air en forme…

– Aucun doute là-dessus : je suis en pleine forme. Sa bonne humeur était revenue. On peut même dire que je revis. Vous savez, je me souviens à peine de ce qui s’est passé, avant qu’ils ne m’emmènent… vous savez…

– Je pense que cela vaut mieux pour vous, Monsieur Caron. L’essentiel est que vous soyez guéri, n’est-ce pas ?

– Oui, murmura-t-il. Je suis guéri. Grâce aux médicaments qu’ils m’ont donné, j’ai vite remonté la pente. Pourvu que ça dure !

– Oui, repris-je, d’un air convaincu : pourvu que ça dure. »  Et ça, je le pensais vraiment.

 A suivre…

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