Le Voisin (13)

Episode précédent : Le Voisin (12)

Ce dernier épisode m’avait vidé. Je soufflai, me demandant ce que j’allais bien pouvoir raconter à Juliette. Je n’avais pas envie de l’importuner avec cette histoire de fous. J’espérais seulement qu’elle aurait profité de ce petit aparté pour se reposer. Elle semblait si lasse, tout à l’heure… Aucun bruit n’avait filtré de la chambre pendant ma discussion avec le gnome. Se pouvait-il qu’elle ait réussi à se rendormir, malgré la « discrétion » de notre visiteur matinal ? Si tel était le cas, j’en profiterais pour m’allonger quelque temps à ses côtés, sans la réveiller. Je me dirigeai donc en silence vers la chambre. J’entrebâillai doucement la porte, et passai la tête, m’attendant à la voir assoupie sur le lit. J’aimais la regarder dormir, observer ses traits détendus, son souffle calme et profond, son ébauche de sourire, parfois, sa débauche de charme, toujours…

Mon attente, cette fois, fut déçue. Seuls les draps défaits et des vêtements épars sur le sol étaient là pour m’accueillir. Où était Juliette ? Sans doute dans la salle de bains. Mais, là encore, l’absence. Un frisson me parcourut. Une sueur froide. Mille idées funeste se frayèrent un chemin vers mon cerveau. Cohue et bousculade à l’intérieur de ma boîte crânienne. Entrant totalement en ébullition, je courai en tous sens. Je regardai sous le lit, dans l’armoire, puis derrière les portes, dans les tiroirs de la commode et de la table de chevet, pour finir à quatre pattes, la tête sous le tapis ! Comme si Juliette, faite carpette ou résidente de Lilliput, avait pu s’y cacher ! Enfin, la fenêtre me fit signe et j’imaginai l’inimaginable. Et si elle avait sauté ? Ayant mis mes capacités d’analyse en berne, je ne m’étonnais pas que la fenêtre en question fut fermée, et j’avançais vers elle en tremblant. J’ouvris les battants, et regardai en bas. Rien. Rien. RIEN ! Juliette… Ce n’est pas possible…

A cet instant, je perds pied. Et je lui parle, je l’appelle, éperdument. Cette nuit, encore, tu étais dans mes bras, Juliette. Nous avons dormi ensemble, peau contre peau. Nous nous sommes éveillés ensemble. Et nous étions ensemble encore quand le gnome a frappé à la porte. Tu n’as pas pu sortir, je t’aurais vue passer, je t’aurais entendue. Placé comme je l’étais, ta fuite n’aurait pu m’échapper. Et puis, tu ne serais pas partie comme ça… N’est-ce pas ?… Où es-tu, Juliette ? Le soleil est couché depuis bien longtemps, mais je ne peux trouver le sommeil. Je pense même que je ne pourrai jamais le retrouver. Tant que je tu ne seras pas revenue. Combien de temps peut-on vivre sans dormir ?

Je ne le saurai sans doute jamais. La nuit suivante, entre deux bouffées délirantes, je succombai au sommeil sans même m’en rendre compte, et je tombai dans les bras d’une Morphée pourvoyeuse de cauchemars. Encouragés pas une poussée de fièvre impromptue, les songes et la réalité, entremêlés et tout aussi effrayants, se livraient une partie de ping-pong diabolique avec mon esprit. Le gnome, déguisé en Oui-Oui, venait me taquiner et dansait la sarabande avec d’invisibles lutins autour de mon lit. Le grelot de son chapeau résonnait douloureusement dans ma tête, et rythmait la même litanie : « FlashiColor, dehors ! Y’a pas pire qu’les vampires ! » Puis, sur la pointe des pieds, il s’approchait de mon oreille, où, sur un ton confidentiel, il me susurrait sa dernière recommandation : « et surtout, n’oubliez pas : la chauve-souris est leur amie… » Pétri d’épouvante, je m’éveillais, cherchais à tâtons la chaleur du corps de Juliette, et refermais mes doigts sur un tissu glacé.

Les jours qui suivirent, l’hébétement me gagna. Le fait que j’avais cessé de m’alimenter n’y était sûrement pas pour rien. Quelques forces me revinrent lorsque je fis l’effort de me sustenter. A présent, je remonte la pente peu à peu, mais, quoi que je fasse, rien ne pourra combler le vide qui m’habite. Cela fait deux semaines que Juliette est « partie ». Je ne m’explique toujours pas pourquoi ni comment. Mais je n’ai pas encore cessé d’espérer.

A suivre…

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