Le Voisin (17)

Episode précédent : Le Voisin (16)

Samedi 24 décembre

Quelle poisse ! Il est parti pour une semaine ! J’avais complètement oublié les fêtes de fin d’année. Je l’ai vu ce matin, chargé de valises et de sacs. J’espère que la déception ne s’est pas trop lue sur mon visage lorsqu’il m’a dit : « A l’année prochaine ! » Je vais me terrer en attendant son retour.

Dimanche 1er janvier

Enfin. Il est revenu. Je reprends les choses où je les avais laissées. But de l’opération : sympathiser avec Jean-Luc en moins de deux semaines.

Mardi 10 janvier

Les choses se compliquent. Jean-Luc vient de me signifier que je ferais mieux de cesser mon petit manège, allusion non déguisée à nos rencontres qui ne doivent rien au hasard. J’ai donc été démasqué. Il est vrai que je n’ai pas fait montre d’une grande habileté ni d’une finesse exemplaire. Je me gnomise à grands pas, c’est indéniable. Quel idiot ! Pour ne pas le louper, j’ai guetté ses allées et venues par le judas de ma porte d’entrée, et j’ai fini par repérer ses horaires, assez réguliers. Il part travailler vers 9h30, et rentre en fin de journée, vers 19h15. Tout dépend du programme de sa soirée. Il sort relativement peu en semaine, mais le vendredi et le samedi, il n’est pas chez lui avant minuit. Sans doute des dîners ou des séances de ciné. Cette petite enquête bouclée, je me suis ingénié à me trouver devant les boîtes aux lettres ou dans l’escalier le matin, mais aussi le soir, ce qui est bien plus compliqué et demande des planques plus longues et fatigantes. Je suis même allé jusqu’à le poursuivre dans les escaliers, les rares fois où il eut le malheur d’être en avance le matin. Puis, las de faire le pied de grue dans les différentes parties de l’immeuble, j’ai décidé que le plus simple était encore d’attendre qu’il passe devant ma porte. Pourquoi ne pas y avoir songé plus tôt ? J’ai donc pris mes aises et installé une annexe de mon salon dans le vestibule. Un fauteuil confortable, un guéridon, une boîte à cigares et une lampe de chevet pour bouquiner. Quand j’entends le bruit de son pas marteler les marches (j’ai appris à le reconnaître entre mille), j’ouvre la porte au moment même où il pose le pied sur mon palier, et là, je demande d’un air détendu et naturel : « Ah ! Bonjour, Jean-Luc. Vous n’auriez pas du feu ? » Il sort alors son briquet et je lui tends un gros cigare, qu’il a la courtoisie d’allumer. S’il est pressé, je ne le retiens pas. Mais s’il semble prêt à s’attarder, je saute sur l’occasion et le bombarde de questions. Il est un peu timide – c’est une chance pour moi – et il a parfois du mal à rompre la conversation. Cela dit, cela ne m’avance guère, puisque je n’ai jamais réussi à le faire entrer chez moi. Ce n’est pas faute de lui avoir proposé un café, un verre, ou même des oursons en chocolat. Je dois avouer que j’ai été singulièrement maladroit. Et, depuis qu’il m’a demandé d’un air un peu sec de cesser de l’importuner, je crains que mes chances ne soient réduites à zéro.

A suivre…

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